du 19 novembre au 17 decembre _ galerie SMP
-  vernissage le 18 novembre à 18h _ du mardi au samedi de 15h à 19h

Projection

Laurent Grasso utilise le motif à la fois neutre, banal et fantasmatique du nuage, pour développer une réflexion sur l’image et son statut. Un nuage de fumée court à travers les rues de Paris comme une menace, sans qu’on ne puisse jamais élucider totalement les raisons de sa présence. Freud a associé le mécanisme de projection à la paranoïa : le nuage concentre ici les peurs et les phobies, instaurant un atmosphère qui renvoie aux systèmes de surveillance. L’installation sonore, un grondement sourd, guide notre interprétation : rumeur qui enfle ? phénomène météorologique mutant ? cavalerie fantôme ? La fumée poursuit sa course entre les porches, les enseignes et les vitrines, sans se modifier. Un instant, elle se rapproche de la caméra et vient en occulter tout le champ. Mais rien ne se produit, sinon que la vidéo recommence sa boucle. Le film, sans narration, est privé de repères chronologiques et dépourvu de cause et de finalité - le nuage se meut indépendamment de la téléologie qui conduit généralement les histoires. Dénué de toute force d’impact, il est aussi sans ancrage dans la réalité. Il devient impossible d’assigner une place à ce nuage qui ne connaît ni origine ni évolution. Pour autant, la situation ne se veut pas absurde. Le nuage pose plutôt l’hypothèse d’une fumée sans feu, d’un élément qui s’insèrerait dans le monde hors de la chaîne des causes et des effets. Enfin, le néon de la silhouette stylisée du nuage, en offre par là-même une autre représentation. Mais, justement, film et néon doivent-ils être perçus comme les différentes images d’un nuage qui existerait en-deçà de chacune de ses représentations et qui serait le seul véritable ? Ou celui-ci n’existe-t-il nulle part ? Ce phénomène déroutant qui glisse dans les rues ne serait en effet qu’une image mais sans modèle, un nuage anti-platonicien, sans amarres ontologiques. Comme le titre l’indique, il n’y aurait de réalité que celle de la projection, celle de nos fantasmes qui lestent les images flottantes, constitutives du monde visible.

Vision Entoptique

Un travail sur la représentation du phénomène de la vision entoptique. Il s’agit d’une stimulation visuelle dont l’origine se trouve dans l’oeil lui-même, à l’image des taches ("mouches volantes") qu’on peut voir en regardant vers le ciel, par exemple . Il s’agit, concrètement, de la visualisation des éléments internes de l’oeil, comme le réseau vasculaire rétinien. Plus que des objets, Laurent Grasso essaie de façonner le lien avec le spectateur et la possibilité pour celui-ci de projeter autre chose que ce qu’il voit. Les mécanismes de projections mentales sont essentiels dans ses installations, l’écran devient une surface de projection aux double sens du terme. Le regard n’est pas focalisé, un peu comme ces moments où le spectateur, dans une salle de cinéma, décroche de la projection pour se mettre dans un état de rêve éveillé. Les impressions du film viennent contaminer en douceur cet état d’apesanteur. Il place un élément virtuel dans un contexte réel, engendrant un sentiment de doute qui introduit une légère modification de l’état de conscience.

Les installations vidéo de Laurent Grasso sont des expérimentations perceptives, des dislocations de l’espace/temps quotidien. Plus qu’un témoin d’une réalité, il envisage la caméra comme un organe qui perçoit au travers d’un regard étranger à la sensibilité humaine. Elle devient le protagoniste invisible dans des fictions qui modifient radicalement les repères de la perception, tout en gardant un attachement au réel. “ J’ai eu envie de créer des espaces qui proposent une autre temporalité, un retrait du monde extérieur en mettant en place des dispositifs sensoriels et mentaux. C’était un besoin personnel de se retrouver dans des espaces modifiés pour produire une distance au monde. La vidéo et le son m’aident à modifier ces espaces. Cette immatérialité m’intéresse car les données que j’ai envie de manipuler aujourd’hui sont invisibles : le temps, les ondes magnétiques, l’allusion à d’autres cadres spatio-temporels”.

Laurent Grasso a exposé à la Biennale de Lyon, au Palais de Tokyo (Paris), au Crédac (Ivry-sur-Seine), aux Abattoirs de Toulouse (collection Agnès b), au Swiss Institut de New York, à la galerie du Jeu de Paume, au Fresnoy, au Festival du film de Locarno, à la Zoo Galerie (Nantes), à l’Espace Paul Ricard, au Castello di Rivoli (Turin), aux soirées Point Ligne Plan ou dans Subréel (MAC, Marseille). Il est représenté par la galerie Chez Valentim.

www.galeriechezvalentin.com/fr/artistes/grasso

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