Editorial:

Les RIAM 2008 sont une édition spéciale à plusieurs niveaux. Ces cinq ans nous permettent aujourd’hui de confirmer une place, une complicité développée entre les artistes et un public ouvert aux découvertes, cherchant à se différencier du flot de manifestations spectaculaires. Plutôt qu’accumuler des événements, les RIAM cherchent à engager un travail pertinent d’accompagnement des artistes, ne dissociant pas la diffusion du soutien à la production. Un deuxième aspect déterminant concerne un changement de calendrier des RIAM qui permettra de mieux nous inscrire dans le contexte des manifestations internationales d’art multimédia. Quelle meilleure façon de couronner ces cinq ans que d’inviter ErikM ? Il est selon nous, l’un des artistes qui, le mieux, désigne une aventure artistique cherchant constamment à déjouer les classements et les frontières des genres, jusqu’à remettre en cause son propre succès. Une réinvention permanente de ces postulats de départ à travers une recherche passionnée explosant les cadres entre le populaire et le savant, l’improvisation, la citation et l’énergie dʼun concert.

C’est dans cette perspective que deux autres artistes, Cécile Babiole et Dominique Blais, s’approprient les codes et l’imaginaire du metal, genre musical tenu dans l’ombre, sorte de loup dans la bergerie pop. Plutôt qu’un concert, ces deux artistes déploient leur travail dans l’espace, plongeant le « cube blanc » d’une galerie dans l’atmosphère inquiétante d’une messe noire.

L’invitation faite à ErikM nous a aussi tendu le fil d’une correspondance avec l’histoire de la musique contemporaine. Soutenir la jeune création ne veut pas dire tomber dans l’amnésie des ruptures historiques et des figures emblématiques qui ont ouvert les possibilités explorées actuellement. En cela, le rôle joué par John Cage est évidemment fondateur. On cherchera alors à débattre de son influence, son héritage et surtout du développement contemporain de son travail sur l’ouverture de la notion de musique aux problématiques du hasard et du silence.

Nicolas Maigret et Nicolas Montgermont laissent une place déterminante dans leurs créations aux imperfections, à la collision des contraires tout comme aux accidents numériques. De la même façon, Anne Roquigny, Isabelle Avrer cherchent aussi à mettre en place des collaborations entre différents "joueurs", ouvertes au flux du réseau web. Leurs démarches cherchent à inventer un langage spécifique au web, issu de ses codes et des nouvelles possibilités d’un travail en réseau, refusant obstinément l’idée d’un centre et des circuits traditionnels de diffusion artistique. Ce défi, celui de s’interroger sur l’espace pour des rencontres et des échanges en dehors des écrans d’ordinateur, est au coeur des préoccupations des RIAM.