RIAM édition 2010

Retour vers le futur technologique

Les manifestations artistiques qui s’intéressent aux rapports entre l’art et les technologies sont actuellement face à un paradoxe : comment prendre du recul face aux discours qui glorifient la moindre innovation technologique, dans un monde plongé dans la consommation constamment renouvelée de nouveaux gadgets ?

Les RIAM ont toujours prêté une importance majeure autant à l’analyse et à la critique du rôle des technologies, qu’à la façon dont les artistes se les approprient et les détournent. S’il est indéniable qu’elles ont transformé nos vies quotidiennes, la programmation des RIAM ne s’est jamais engagée dans un enthousiasme béat vis-à-vis des nouvelles prouesses technologiques. Il nous paraît évident que l’évolution des supports et des techniques ont transformé radicalement notre façon de cadrer, interpréter et comprendre le monde. Le philosophe allemand Friedrich A. Kittler (1) propose une lecture de la technologie qui la relie à des modèles cognitifs au cours de l’Histoire. Selon lui, les outils technologiques structurent la pensée, ils ne sont pas neutres : s’ils sont le résultat des capacités d’invention humaines, ils ont aussi le potentiel de modifier notre rapport au monde.

En traversant l’histoire des techniques, cette édition des RIAM dessine en quelque sorte une archéologie de ces inventions, reconsidérant aussi bien des supports successivement remplacés (film 16 mm, super 8, cassette audio, polaroïd, synthétiseur analogique, sténopé, vinyle, magnétoscope) que des fonctions, objectifs (et rêves) souvent eux aussi abandonnés.

Dans ce contexte, plusieurs artistes se sont intéressés dernièrement aux technologies low-tech, recyclant des modèles analogiques qui semblaient tombés en désuétude. Il s’agit de réinvestir une autonomie, selon le principe d’un bricolage do-it-yourself. D’autres artistes peuvent s’intéresser aux transferts entre supports low et high tech, à l’image de nos pratiques quotidiennes, où le téléphone cohabite avec l’ubiquité des réseaux sociaux virtuels. Certains s’appliquent encore à reprendre avec ironie des vieilles modalités technologiques avec des outils de haut niveau, dans une résistance à la fascination produite par des images parfaitement lisses et à l’imagerie médiatique.

Au centre des questionnements posés par ces artistes, il y a une remise en cause des mirages du progrès, devenu le slogan d’un marché technologique en quête permanente de nouveaux horizons de consommation. En parallèle, beaucoup d’artistes s’interrogent aussi sur la surenchère des moyens de production et les changements d’échelle imposés aux artistes dans le contexte de festivals et de biennales dominés par les stratégies de communication, plutôt que par des véritables enjeux artistiques.

Cette édition des RIAM cherche ainsi à prendre du recul temporel, sans pour autant tomber dans une esthétique rétro-futuriste. Il s’agit plutôt de comprendre le présent en s’intéressant à la façon dont les technologies du passé ont pu faire rêver d’un autre futur.

(1) "Grammophon, Film, Typewriter" (Writing Science), l’édition originale allemande date de 1986.