Laurent Grasso

« Projection »
Installation vidéo

Ce projet a reçu l’aide des Mécénes du Sud et à été présenté lors des RIAM 02.

 

Laurent Grasso utilise le motif à la fois neutre, banal et fantasmatique du nuage, pour développer une réflexion sur l’image et son statut. Un nuage de fumée court à travers les rues de Paris comme une menace, sans qu’on ne puisse jamais élucider totalement les raisons de sa présence. Freud a associé le mécanisme de projection à la paranoïa : le nuage concentre ici les peurs et les phobies, instaurant un atmosphère qui renvoie aux systèmes de surveillance. L’installation sonore, un grondement sourd, guide notre interprétation : rumeur qui enfle ? phénomène météorologique mutant ? cavalerie fantôme ? La fumée poursuit sa course entre les porches, les enseignes et les vitrines, sans se modifier. Un instant, elle se rapproche de la caméra et vient en occulter tout le champ. Mais rien ne se produit, sinon que la vidéo recommence sa boucle. Le film, sans narration, est privé de repères chronologiques et dépourvu de cause et de finalité – le nuage se meut indépendamment de la téléologie qui conduit généralement les histoires. Dénué de toute force d’impact, il est aussi sans ancrage dans la réalité. Il devient impossible d’assigner une place à ce nuage qui ne connaît ni origine ni évolution. Pour autant, la situation ne se veut pas absurde. Le nuage pose plutôt l’hypothèse d’une fumée sans feu, d’un élément qui s’insèrerait dans le monde hors de la chaîne des causes et des effets. Enfin, le néon de la silhouette stylisée du nuage, en offre par là-même une autre représentation. Mais, justement, film et néon doivent-ils être perçus comme les différentes images d’un nuage qui existerait en-deçà de chacune de ses représentations et qui serait le seul véritable ? Ou celui-ci n’existe-t-il nulle part ? Ce phénomène déroutant qui glisse dans les rues ne serait en effet qu’une image mais sans modèle, un nuage anti-platonicien, sans amarres ontologiques. Comme le titre l’indique, il n’y aurait de réalité que celle de la projection, celle de nos fantasmes qui lestent les images flottantes, constitutives du monde visible.

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